Association royale des anciennes et anciens élèves du centre scolaire Saint-Benoît Saint-Servais
 
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Compte rendu de la Journ�e Rwanda du 9 mars 2004

L'objectif de cette journ�e �tait tout d'abord d'informer des �l�ves de rh�torique au sujet du g�nocide perp�tr� au Rwanda en 1994. Ensuite, de nous faire comprendre comment, au vingti�me si�cle, un g�nocide a-t-il pu �tre perp�tr� au vu et au su de la communaut� internationale sans susciter aucune r�action de sa part. Enfin, de nous informer sur l'�volution du pays apr�s le g�nocide, et le syst�me judiciaire mis en place. Pour ce faire, plusieurs intervenants �taient invit�s � prendre la parole :

La premi�re intervenante de la journ�e �tait Mme Antoinette Sekomo, rwandaise, elle a v�cu au Burundi jusqu'� l'�ge de 20 ans. Depuis 30 ans, elle vit en Belgique, � Li�ge, o� elle est professeur de Fran�ais.
Son intervention d�buta par un rappel historique de la situation sociale, �conomique, culturelle et politique du Rwanda avant la colonisation. Le Rwanda �tait un petit Etat centralis� et d�j� dot� d'une monarchie avant l'arriv�e des Allemands au XIXe si�cle. Apr�s la Premi�re Guerre Mondiale, le Rwanda fut mis sous tutelle belge et en 1962, il acc�da � l'ind�pendance.
L'accent fut mis sur la question des " ethnies " au Rwanda. Deux th�ses s'affrontent :
- une th�se qui s'inspire des �tudes de Gobineau et ses disciples sur la " raciologie " et qui a �t� soutenue par les administrations coloniales. Il y aurait trois races au Rwanda : les Batwa, cousins des Pygm�es, premiers habitants du Rwanda, tr�s petits, nomades vivant de la chasse et de la cueillette ; les Bahutu, agriculteurs, au Rwanda depuis plus ou moins un millier d'ann�es, issus de la grande famille des Bantous de l'Afrique centrale, ils sont trapus, solides, de taille moyenne avec des traits " n�gro�des " ; et enfin les Batutsi, de la famille des " Hamites ", pasteurs nomades qui auraient d�ferl� de l'Ethiopie via l'Afrique de l'Est, au Xlle ou au XVe si�cle, � la recherche de p�turages pour leurs innombrables troupeaux de vaches. Au fil des ann�es, ils s'impos�rent aux deux autres groupes. Cette th�se ne tient pas la route parce que les trois groupes parlent la m�me langue et ont exactement la m�me culture : il ne s'agit donc en aucun cas d' " ethnies " dans le cas du Rwanda
- la deuxi�me th�se privil�gie une explication bas�e sur l'activit� �conomique de chaque groupe : ce qui les diff�renciait �tait leur activit� �conomique et leur rapport avec le pouvoir. C'est de cette diff�rence socio-�conomique fondamentale que serait n�e, bien avant la colonisation, cette r�partition de la population (m�me si certaines diff�rences morphologiques ne peuvent �tre ni�es).
La question est donc, comment un pays, qui avait connu pendant des si�cles la paix, a-t-il pu oublier avec la colonisation tout ce qui avait fait sa coh�sion et en arriver � un g�nocide ?
Les deux p�riodes de colonisation successives influenc�rent le sort du Rwanda et plus particuli�rement la p�riode belge : l'administration coloniale privil�gia tour � tour un groupe contre l'autre, introduisant le concept d' " ethnie " dans l'histoire du pays via notamment la carte d'identit� avec mention ethnique. Diviser pour r�gner fut la politique de l'administration coloniale.
En 1959, apr�s la mort du roi tutsi, les premiers pogroms anti-tutsis commenc�rent et d�s l'instauration de la Premi�re R�publique hutue, en 1962, le pr�sident Kayibanda officialisa d�finitivement les th�ses " ethnistes ". Enorm�ment de Tutsis pers�cut�s s'enfuirent vers les pays limitrophes. En 1980, on assiste � un retour au pays de beaucoup de Tutsis sur l'invitation du deuxi�me Pr�sident rwandais Habyarimana qui se pr�sentait comme un " pr�sident d'ouverture ". D�s 1990, le r�gime hutu vacille ; beaucoup commencent � d�noncer le syst�me politique discriminatoire impos� par Habyarimana et les Hutus du Nord, son origine. Par ailleurs, les Tutsis exil�s pressent � plusieurs reprises le gouvernement pour rentrer au Rwanda mais sans succ�s.
C'est dans ce contexte qu'en octobre 1990 le FPR attaque par l'Ouganda ; Habyarirnana demande � son alli� fran�ais de l'aide. C'est le d�but d'une guerre civile qui d�boucha aux accords de paix d'Arusha en 1993 pr�voyant un partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis et la fin des discriminations. Les Rwandais croient qu'ils vont enfin conna�tre la paix mais le 6 avril 1994, l'avion du pr�sident Habyarimana est abattu et en l'espace d'une demi-heure, le pays entier est barricad�, des barri�res sont dress�es, il devient impossible pour tout Tutsi et pour tout opposant hutu de quitter le pays. Le g�nocide a commenc�, il va durer trois mois et va faire plus de 900 000 morts.

Le second intervenant, Mr Ren� Poismans, est un expatri� qui �tait au Rwanda au d�but de la guerre en 1990 jusqu'au d�but du g�nocide, le 10 avril 1994. Il se porte donc en observateur ext�rieur.
Tout en reconnaissant que la cause ethnique est la base sur laquelle s'est appuy� le pouvoir pour organiser en ensuite perp�trer le g�nocide, toute une s�rie d'autres �l�ments ont contribu� � ce que ce g�nocide s'effectue aussi rapidement et avec une telle ampleur. Parmi ces explications ont �t� entre autres cit�s un mod�le �conomique qui ne correspondait plus au d�veloppement de la population dans le pays et ne permettait pas l'accueil de la diaspora, �galement une volont� aveugle d'un petit cercle au pouvoir de conserver tous leurs avantages et enfin une opposition aussi bien hutue que tutsie de plus en plus organis�e. Il faut remarquer que cette opposition a d'ailleurs �t� enti�rement �limin�e tout au d�but du g�nocide.
Un autre �l�ment important est de se rendre compte que m�me si les �v�nements se sont emball�s au d�but du g�nocide, ils n'ont �t� possibles que gr�ce � une strat�gie de la tension et de la peur de l'autre (l'ennemi, c'est-�-dire le tutsi) qui a �t� d�velopp�e de plus en plus intensivement au cours des quatre ann�es de guerre (radios racistes, presse, meetings,...) avec un point culminant au d�but de l'ann�e 1994.
Le Rwanda �tait un pays qui par rapport � ses voisins (Burundi, Za�re, Ouganda et Tanzanie) disposait de bonnes infrastructures (routes, �lectricit�, r�seau t�l�phonique,...) ainsi qu'une structure administrative pyramidale tr�s efficace et pr�sente partout. Celles-ci furent utilis�es un maximum pendant le g�nocide, ce qui explique en partie la tr�s regrettable efficacit� de celui-ci.

Le troisi�me intervenant est Ma�tre Jean-Louis Libert, responsable de l'ONG Avocats Sans Fronti�res. Il est venu t�moigner de la situation apr�s le g�nocide et du syst�me juridique rwandais.
Justice Pour Tous au Rwanda On estime � plus de 120 000 le nombre de personnes en prison fin 1994. Pour le r�tablissement d'une harmonie dans la soci�t� Rwandaise, il importe que justice soit rendue pour tous au Rwanda. H�las, l'Etat Rwandais est d�truit, d�muni, sur le plan humain comme sur le plan mat�riel et aucun barreau n'y est constitu�. Ainsi, d�s la fin de l'ann�e 1994, ASF forme au Rwanda des officiers de police judiciaire et d�but 1995, les enqu�tes peuvent commencer.
Les pr�venus seront poursuivis devant des tribunaux ordinaires dans lesquels on a institu� des chambres sp�cialis�es. Selon la loi sur la r�pression des crimes de g�nocides, il existe 4 qualifications de crimes : les planificateurs, les coupables de crimes de sang et de viols aggrav�s, les " seconds couteaux ", et enfin les coupables de crimes ne portant pas atteinte � l'int�grit� physique des personnes. Cette loi fixe les maxima que peuvent atteindre les peines, plus cl�ments que ceux pr�vus par le droit p�nal. Enfin, la loi institue une proc�dure d'aveux qui permet d'all�ger la peine de moiti�. Fin 1996, les premiers pr�venus comparaissent devant les tribunaux.
Les Juridictions Gacaca Toutefois, � la fin des ann�es 1990, la situation est intenable : les d�tenus sont trop nombreux, et la justice trop lente pour garantir � tous un proc�s �quitable dans un d�lai raisonnable. Ainsi, dans le souci d'acc�l�rer la proc�dure, ASF va remettre sur pied les juridictions Gacaca : mode traditionnel de r�solution des conflits dans la soci�t� Rwandaise, qui va �tre modernis� pour assurer le respect des Droits de l'Homme et l'�quit� de tous devant la justice : Le litige est pr�sent� devant une assembl�e de juges (form�s par ASF). Les juridictions Gacaca permettent de juger tous les pr�venus except�s ceux accus�s de planification du g�nocide. A ce jour, aucune proc�dure n'a �t� men�e � terme.
Enfin, le Tribunal P�nal International pour le Rwanda a �t� mis en place par l'ONU � Arusha. Il n'est pas reconnu par les autorit�s Rwandaises et est mal ressenti par la population. En effet, la proc�dure du TPIR est de type anglo-saxonne. Elle occulte les victimes qui ne peuvent s'y constituer en partie civile, et para�t en d�calage avec les institutions rwandaises : les pr�venus b�n�ficient de soins parfois sup�rieurs � ceux dont b�n�ficient les rwandais et la peine la plus lourde qu'ils encourent sont les travaux forc�s � vie, alors que la peine de mort est d'application dans la juridiction rwandaise. A ce jour, seulement 12 personnes y ont �t� jug�es.

Le dernier intervenant �tait Mr Arnaud Simbiobewe, il habitait � Kigali et avait dix ans lors des �v�nements de 1994.
Son but �tait avant tout de nous livrer un t�moignage personnel et une vision int�rieure des faits : d�s 1993, il y avait une certaine tension dans l'air ; tout le monde sentait que quelque chose se pr�parait m�me si la vie quotidienne se passait de mani�re tout � fait normale. Lorsque les �v�nements commenc�rent, en avril 1994, les seules informations que recevait la population �taient celles donn�es par le gouvernement ainsi que certains t�moignages de personnes racontant leur histoire et comment, par un hasard ou par un autre, ils avaient r�ussi � �chapper � la mort. On a alors assist� � un exode massif de plus de 5000 personnes qui fuyaient la capitale vers des camps de r�fugi�s ou des zones de protection. Arnaud et sa famille ont aussi pris la d�cision de fuir Kigali et se sont install�s dans un camp de r�fugi�s, dans l'ex-Za�re.
Deux ans plus tard, on assista � un rapatriement forc� des r�fugi�s vers le Rwanda et ils prirent la d�cision de marcher jusqu'� Kinshasa. C'est durant ces interminables marches via la for�t �quatoriale que la famille fut s�par�e ; cela fait seulement quelques ann�es qu'Arnaud a retrouv� la trace de sa m�re, vivant en France et ayant suivi un tout autre chemin. Un regroupement familial serait difficilement r�alisable en ce moment �tant donn� que si sa m�re quitte la France pour la Belgique, elle y perdra tous ses avantages et la possibilit� d'obtenir le statut de r�fugi�. Quant � Arnaud et le reste de sa famille, ils auraient eux-m�mes de grosses difficult�s � quitter la Belgique pour la France, dans les conditions actuelles. Arnaud a voulu conclure sur une note d'espoir en nous expliquant que, au sein de la " nouvelle g�n�ration " de jeunes rwandais, il n'y avait jamais aucun probl�me, aucune confrontation entre les Tutsis et les Hutus. Il ne faut pas croire que les jeunes ont encore en t�te les m�mes st�r�otypes qu'ont pu avoir leurs parents.

Avec la certitude que cette observation du pass� nous permettra de mieux construire l'avenir.

Pour la classe de 6B,        
Line Poismans, Eve Gossiaux, Renaud Smal         
B. Rosoux-Tits (Titulaire de 6B)         


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